Trois questions à Benoît de L'Estoile
Directeur du département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly – Jacques Chirac
© musée du quai Branly – Jacques Chirac, Thibaut Chapotot
Quelles sont les principales caractéristiques du dispositif d’attribution des bourses de la Fondation Martine Aublet ?
Les étudiants et étudiantes de master ou de doctorat bénéficiant d’une bourse de la Fondation Martine Aublet viennent de disciplines variées des sciences humaines et sociales : anthropologie sociale, histoire, archéologie, histoire de l’art, mais aussi sociologie, sciences politiques, géographie, ou encore ethnolinguistique et ethnomusicologie. Les bourses attribuées par la Fondation financent des terrains de longue durée, qu’il s’agisse d’enquêtes ethnographiques, en archives, ou de fouilles archéologiques.
La Fondation est ouverte à une large variété de projets de terrain, de périodes et de champs de spécialité, d’approches méthodologiques dès lors qu’il s’agit d’enquêtes empiriques sur les terrains extra-européens. L’idée est de permettre à un étudiant ou une étudiante de quitter provisoirement son université et de prendre le risque de partir sur un terrain qui ne lui est pas familier. La prise en charge matérielle doit permettre des terrains plus longs, condition essentielle d’une recherche de qualité. A l’issue de leur doctorat, lauréats et lauréates peuvent candidater au prix de thèse de la Fondation, qui a pour vocation d’aider à la publication de leur thèse.
Quelles sont les grandes tendances sur la période récente ?
Depuis 2024, nous avons supprimé l’obligation pour les candidatures d’afficher un lien avec le patrimoine, matériel ou immatériel. Ceci décourageait parfois de bons dossiers, ou conduisait à des acrobaties rhétoriques artificielles. Bien entendu, les projets sur ces questions, comme plus généralement ceux qui portent sur les axes prioritaires de recherche du musée, sont plus que bienvenues. Cependant, au-delà des thématiques, l’objectif des bourses de la Fondation est avant tout de favoriser des recherches de qualité portant sur des terrains hors d’Europe.
Ces deux dernières années, la Fondation a veillé à la diversification des candidatures, en s’efforçant de susciter davantage de dossiers issus d’établissements non parisiens et d’universités francophones d’Europe ou d’autres continents. En regardant la liste des bénéficiaires des dernières années, on constate la palette très diverse des questions abordées. Tandis que certaines renouvellent des traditions bien établies, d’autres abordent des thématiques et proposent des méthodologies pionnières. Le jury est attentif à la fois à la qualité scientifique et à l’originalité des projets, qui doivent être porteurs de perspectives de recherche nouvelles.
Comment le dispositif est-il articulé à l’activité du département de la recherche et de l’enseignement du musée ?
Depuis sa création, une des missions attribuées au musée du quai Branly – Jacques Chirac a été de développer des recherches sur les cultures et les sociétés dont provient l’essentiel de ses collections, c’est-à-dire, celles des continents autres que l’Europe. C’est précisément pour inciter étudiantes et étudiants à réaliser des enquêtes sur les mondes extra-européens que les bourses de terrain de la Fondation Martine Aublet ont été mises en place.
Le département de la recherche et de l’enseignement du musée assure l’accompagnement scientifique processus de sélection et le pilote; le musée accueille le comité des rapporteurs (où siègent plusieurs anciens lauréats de la fondation Martine Aublet ou du musée), qui évalue les dossiers, et le conseil scientifique, qui statue sur le choix des bourses et attribue le prix de thèse. Depuis deux ans, le musée organise, avant la soirée de gala de la Fondation, des rencontres entre lauréats et lauréates pour les encourager à tisser des liens.